Peer Gynt

Peer Gynt est l’héritier d’une famille décadente. Son père absent était alcoolique et dépensier. Sa mère l’a élevé seule, entre raclées et histoires de princes, de trolls et de rapts de princesses.

Peer est un menteur insolent, prétentieux et lâche. Un affabulateur maladif qui rêve de gloire et d’amour. Mais c’est un mec d’en bas, prédestiné à passer sa misérable existence dans la fange.

Pourtant, il compte briller aux yeux de tous et devenir empereur du monde. À la mort de sa mère, guidé par de mystérieux rêves, il abandonne Solveig, son amour de jeunesse et part à travers le monde pour se réapproprier le récit de sa vie.

Obsédé par sa quête de grandeur et de liberté, il bondit d’un lieu à l’autre, enchaine les aventures les plus folles et devient tour à tour chercheur d’or, négrier, prophète et enfin empereur… des fous ! Son tour du monde illusoire sera aussi une introspection, dévoilant les multiples facettes de son identité.

Peer Gynt est une pièce déjantée à l’humour grinçant. Elle raconte la poésie tragique et lumineuse d’un homme qui tente de trouver sa place dans le monde. Henrik Ibsen nous propose un poème dramatique fantaisiste, une épopée d’une vitalité fascinante.

Quelques mots…

Peer Gynt est un personnage paradoxal. Sa lâcheté, ses doutes et ses échecs le rendent beau et profondément humain. Ses origines sociales inconvenantes animent en lui le désir absolu de briller aux yeux des autres et de lui-même. Son besoin de gloire et de lumière interpelle sur les déterminismes sociaux qui conditionnent les individus jusque dans leurs rêves les plus intimes.

Pétri par les prescriptions de sa mère qui l’obligent à sortir la famille de la misère, et par les histoires de trolls, de princes et d’aventures incroyables qu’il entend depuis sa plus petite enfance, Peer rêve à sa consécration.

Imprégné du mythe de la réussite, cristallisé par la société tout entière, il se vêt du bouclier du mérite lorsqu’il raconte, à l’acte IV, comment il a gravi l’échelle sociale. Il est devenu le légendaire transfuge de classe. Mais pas pour longtemps. Il est condamné à l’échec, malgré sa capacité lumineuse à rebondir. Ibsen pointe du doigt cette loi du mérite et de la réussite prédominante dans notre société contemporaine et nous interroge sur la réelle possibilité d’un être à se mouvoir d’une classe sociale à une autre.

L’incapacité de Peer Gynt à s’approprier la socialisation en font un être palpitant. Il déconstruit avec désinvolture des dogmes dominants comme la réussite, l’amoralité qui permet parfois d’atteindre cette réussite et les conventions sociales. Il pose un miroir qui reflète subtilement certains mécanismes de notre façon de coexister.

Difficile de sortir de la violence dans laquelle on a été bercé…

Peer combat la honte dont il hérite, loin de la bienséance et du civisme attendu par le monde. Son parcours de vie met en lumière les violences structurelles, légitimes ou partiales, qui forgent un individu et construisent son réflexe de communication.

Sortir de son quotidien par le rêve… rapport au mensonge…

Peer Gynt ne maitrise pas son destin mais il dompte l’imaginaire grâce aux rêves. Sa survie dépend des histoires qu’il raconte, des mensonges qu’il prodigue mais sans jamais se mentir sur son propre sort. Cette conscience de sa condition lui donne une insolente lucidité sur l’existence. La vie terrestre est une illusion :

“All the world is a stage” William Shakespeare.

La vie illusoire parait être ce qui se rapproche le plus d’une forme de liberté.

Peer convoque la puissante nature et les histoires ancestrales dès qu’il ment. Incapable de susciter l’empathie de son entourage, il choisit de convoquer des forces immenses et respectées pour traduire sa tempête intérieure, sa douleur intime à être ce qu’il est.

À l’époque du storytelling, des fake news et autres informations divulguées aux yeux de toutes et tous sur les réseaux et les différents médias, le texte nous invite à reconsidérer notre rapport à la vérité et au doute.

À l’instar du tourbillon qu’est la vie de Peer, pour finalement revenir dans sa Norvège natale, nous tendons à un spectacle qui questionne notre façon d’appréhender notre monde contemporain où tout s’accélère mais rien ne bouge. Un spectacle qui sonde la possibilité d’être, purement et simplement, au sein d’un « monde des possibles », illusoire.

AUTEUR : Henrik Ibsen

DIRECTION ARTISTIQUE : Mélaine Catuogno

AVEC : Vivien Fedele, Pauline Rollet, Émilie Jouffrey et Mélaine Catuogno

RÉGIE : Rémy Caillavet

PRODUCTION ET DIFFUSION : Émilie Jouffrey

ADMINISTRATION : GESpectacle, Virginie Dumas